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Volatilité et opportunités : l'impact des tarifs douaniers et de la rotation des marchés

MoraBanc 2025-03-20

L'incertitude concernant les politiques de Trump, en particulier l'impact économique des tarifs douaniers, s'est accrue ces dernières semaines, favorisant une rotation du marché loin des grandes entreprises technologiques américaines. Les marchés boursiers américains ont subi une correction importante, le Nasdaq ayant chuté de près de 10 % depuis le début de l'année. En revanche, les actions européennes ont surperformé les actions américaines en 2025, portées par un sentiment plus positif grâce à la possibilité d'un cessez-le-feu dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine, et à l'annonce d'un plan européen visant à augmenter les dépenses de défense. Cela a conduit à une forte appréciation de l'euro, qui a atteint sa valeur la plus élevée face au dollar depuis la réélection de Trump, tandis que les obligations européennes ont enregistré des hausses significatives dans un contexte de baisse des rendements du Trésor américain en raison de la hausse de l'inquiétude concernant la croissance aux États-Unis.

Ralentissement économique aux États-Unis

L'économie américaine ralentit plus vite que prévu en raison de l'anticipation des importations pour éviter des prix plus élevés (en raison de la mise en place de tarifs douaniers) et de l'incertitude politique avec la nouvelle administration de D. Trump, ce qui a affecté la confiance des consommateurs. Bien qu’une récession ne soit pas attendue aux États-Unis en 2025, les craintes pourraient augmenter si l’instabilité politique persiste.

Les tarifs douaniers représentent un risque pour la croissance des États-Unis et l’inflation, qui pourraient être temporairement affectées. Si la croissance est affectée, la Fed pourrait baisser ses taux d’intérêt au cours du deuxième trimestre de cette année.

Le marché du travail reste résilient, mais l’augmentation des emplois à temps partiel inquiète. L’augmentation des tarifs douaniers sur les importations en provenance du Mexique, du Canada et de la Chine – qui représentent 40 % des importations américaines – et la possibilité que l’UE soit également affectée ont conduit à une augmentation inhabituellement élevée des importations américaines au cours des derniers mois. Ceci, combiné à la baisse de la consommation, indique un ralentissement imminent de la croissance. 

Marchés financiers : volatilité et rotation des actifs

Les derniers jours ont été marqués par une forte volatilité. Aux États-Unis, l'inquiétude concernant la croissance économique et les déclarations erratiques de Trump sur les tarifs douaniers ont généré de l'incertitude, conduisant à des révisions à la baisse des prévisions de croissance pour 2025 (l'OCDE a récemment révisé à la baisse la croissance américaine : 2,2 % pour 2025 et 1,6 % pour 2026 contre respectivement, 2,4 % et 2,1 % auparavant). Cela a accéléré la rotation des investisseurs vers les marchés européens et asiatiques, au détriment des grandes entreprises technologiques américaines.

En Europe, les attentes de négociations de cessez-le-feu en Ukraine et l’annonce d’un ambitieux plan de dépenses de défense après les élections allemandes ont eu un impact majeur. Cela a poussé l'euro au-dessus de 1,09 face au dollar, inversant la tendance du « Trump trade », qui avait favorisé le dollar depuis la réélection de l'ancien président. Les rendements des obligations européennes ont augmenté de manière significative, le Bund allemand atteignant à un moment donné 2,9 % et l'obligation française à 10 ans approchant 3,6 %, des niveaux jamais vus depuis la crise de la dette souveraine de 2011. Par ailleurs, aux États-Unis, les taux ont baissé en raison de l'inquiétude sur la croissance, et le rendement des obligations à 10 ans est tombé à 4,20 % (actuellement à 4,30 %).

Au niveau boursier, les actions européennes ont consolidé leurs gains, le DAX allemand progressant de près de 18 % et le CAC français de 9 %, impulsés principalement par le secteur bancaire et celui de la défense. En revanche, le Nasdaq a subi une chute de près de 8 %. Ce changement de tendance a également affecté le Bitcoin, qui est tombé sous les 80 000 dollars après avoir atteint un sommet de 108 000 dollars. L'or, en revanche, est resté une valeur refuge, s'échangeant autour de 3 000 dollars l'once, avec une réévaluation de plus de 15 % depuis le début de l'année.

Les marchés européens et chinois obtiennent de meilleurs rendements cette année par rapport aux États-Unis

Source : Bloomberg et élaboration propre MoraBanc

Que peut-on attendre des marchés ?

L’effet initial de l’élection de Trump sur les marchés (en supposant qu’il serait positif) a été complètement inversé, avec une nette rotation des investissements vers l’Europe et l’Asie. Cependant, certains segments du marché américain restent surévalués et pourraient subir de nouvelles corrections. En Europe, les marchés pourraient se stabiliser après de fortes hausses, avec de possibles opportunités à long terme.

En Asie, les actions chinoises ont progressé grâce à la dynamique du secteur technologique, avec des gains notables pour l’Internet, l’automobile et les télécommunications.

Concernant le revenu fixe, l'augmentation de la dette en Allemagne devrait faire monter les taux à long terme, même si la BCE semble susceptible de continuer à baisser ses taux d'intérêt.

Quant au dollar, il s’est affaibli malgré l’inflation aux États-Unis, les risques commerciaux liés aux tarifs douaniers et la mauvaise performance des marchés boursiers américains. Cette tendance est due, en partie, à la perte de son statut de valeur refuge lorsque la correction du marché est motivée par un ralentissement de la croissance plutôt que par l’inflation. Par ailleurs, l’optimisme à l’extérieur des États-Unis, avec un possible cessez-le-feu en Ukraine et des dépenses budgétaires dans l’UE, renforce cette dynamique.